Les sport-prototypes occuperont une place de choix dans une dizaine d'albums,
sept dentres eux étant exclusivement réservés à la plus célèbre des courses automobiles, toutes disciplines confondues : les 24 heures du Mans.

Jean Graton, qui dès sa jeunesse a découvert cette course mythique, voue un culte tout particulier à cette compétition
et il nous la fera vivre de façon peut-être plus intense, plus emphatique en tout cas, que les autres courses automobiles quil relate...
 
 
 
 Les années 50...
 
Cest sans doute cette passion qui l'entraîne à décrire surabondamment cette course par la voix dun speaker radio, dans les deux premières planches de la "24ème heure", une des cinq histoires courtes, publiée en 1957 dans le journal Tintin, destinés à lancer la Série...
 
On y découvre la première Vaillante "Le Mans" aux prises avec des Jaguar, des Ferrari et des Aston-Martin et l'on y suit la course heure par heure après le fameux départ avec tous les coureurs sprintant et démarrant leur bolide sans s'être attachés!
 
Dailleurs, Michel lors d'un accident, est tout simplement ejecté hors de sa voiture! On le voit ensuite parvenir à sortir cette dernière du fossé où elle a atterri, en pelletant pendant une demi-heure(!!), Michel finissant miraculeusement second!
 
Jean nous a habitué  par la suite, à beaucoup plus de réalisme...
 

Michel ejecté de sa voiture!
[La 24ème Heure, p. 3]
 
Lors du "Grand Défi" en 1958, la course nous est contée sur une dizaine de planches.
 
Jean-Pierre Vaillant sert de guide à Agnès (sa future femme) ainsi qu'au lecteur en présentant les adversaires de Vaillante : une Ferrari "Testa Rosa" 3L., une Porsche 1500, une Jaguar D et une Aston-Martin.
 
Le départ en sprint est décomposé par un superbe effet stromboscopique sur une planche entière [Le Grand défi, page 43].
 
La passion de ce départ est encore renforcée par les paroles dune Agnès à la fois naïve et émerveillée : "Ce départ est une chose bouleversante! Tout dabord, le silence... Les coureurs, muscles tendus, prêts à se ruer sur leurs voitures!... La voix du speaker qui egrène les secondes... " [Le Grand défi, p.44].
 
Par la suite, nous allons assister à tous les temps forts de cette course à part : la valse des ravitaillements, la nuit et son ballet de phares, une tempête en pleine nuit, un accident tragique, le brouillard au petit matin(!), la vie dans les stands et bien sûr la joie de la victoire!
 

Un ravitaillement au Mans avec le père Vaillant (avec sa casquette)
et Agnès (penchée au bord du stand)  
[Le Grand Défi, p.45]
 
 
 Les années 60...
 
Après le "Pilote sans visage" consacré exclusivement à la F1, nous retrouvons les sport-prototype dans "Le circuit de la peur" en 1961, avec l'épreuve des 12 heures de Sebring.
 
Les voitures européennes sont toujours des Vaillante, Jaguar, Aston-Martin, Porsche et Ferrari mais elles sont cette fois opposées aux protos américains (Corvette, Scarab ou Bocar) et russes (Wolga, Skoda et Zil).
 
Le scénario de cette course est calqué sur les 24 heures du "Grand Défi", avec le départ, la nuit et les accidents..
 
 
Nous allons vivre la troisième course de 24 heures au Mans dans l'un des meilleurs albums de Graton, "Le 13 est au départ" en 1962.
 
Alors que la course n'occupait que quelques planches lors des albums précèdents, l'ensemble de celui-ci est consacré aux préparatifs (à l'usine, sur les pistes dessais, lors du contrôle technique, etc...) et à la course elle-même (qui n'occupe dailleurs que les dix dernières planches).
 
On y retrouve les adversaires traditionnels de Vaillante, les D.B. Panhard de René Bonnet et la "Bocar" de Bob Cramer venant s'ajouter aux Chevrolet Corvette, Jaguar et autres Ferrari...
 
On remarque de nombreux protos dérivés du Grand Tourisme, Vaillante extrapolant d'ailleurs deux superbes voitures à partir de son prototype "Le Mans Sport" : la Vaillante de rallye "Panamericana" que l'on découvrira dans l'album suivant, "La trahison de Steve Warson", suivie de la Vaillante "Le Mans GT" que l'on découvrira dans "Les casse-cou" et "Le 8ème pilote".
 

Michel en pleine action à "Arnage"
sur le proto "Le Mans Sport"
[Le 13 est au départ, p.45]
 
Il faudra ensuite patienter jusquen 1966, soit quatre ans plus tard, pour revoir des sport-prototypes, en l'occurrence les très belles Vaillante "Daytona" dans l'album "Suspense à Indianapolis".
 
Elles dispusteront deux épreuves du championnat NASCAR américain, soit Daytona et Riverside. Une GT routière sera également construite sur le modèle "Daytona".
Retour aux 24 heures du Mans dans "Concerto pour pilotes" en 1968 avec d'impressionnants prototypes Vaillante avec leurs pare-brise en forme d'énorme bulle de verre qui s'ouvrent vers l'avant.
 
Cette fois-ci, grâce aux pilotes de chasses de l'U.S. Air Force, cest l'ensemble du circuit du Mans que nous découvrons...
 
La course, elle, sera réduite à sa plus simple expression : le départ, toujours en sprint, dans l'avant dernière case et l'arrivée victorieuse de Michel dans la case finale!!!
 

Michel et Steve font partager de drôles de sensations
aux pilotes de chasse
[Concerto pour Pilotes, p.25]
 
 
 Les années 70...
 
Deux ans plus tard, "Le Fantôme des 24 heures" viendra perturber la course mythique.
 
Décidément, les 24 heures semblent inspirer Graton puisque cet album restera comme l'un des plus impressionnants pour ses jeunes lecteurs du journal Tintin.
 
En ce début des années 70, les prototypes présentent des formes très arrondies et très fluides.
Les Vaillante n'échappent pas à la mode représentée par les Ford GT40, les Porsche 2200, les Alpines 3000, les Alfa-Roméo 33 ou les Ferrari P3.
Les protos du "Leader" n'en sembleront que plus diaboliques avec leurs looks de requins affamés.
 
Cette fois-ci, se sont les essais et les tribunes qui sont à l'honneur avec en particulier l'impressionnant scène où Michel rencontre le Leader au cours d'une nuit glaciale dans les tribunes vides [Le Fantôme des 24 heures, p.11 et suiv.].
 
La course occupe tout de même une bonne moitié de l'album avec toujours le sprint du départ vécu dans la peau de Michel [Fantôme, p.33], puis les vues "embarquées" à bord de la voiture de Michel dans les hunaudières [Fantôme, p.35 et 43] et enfin les accidents spectaculaires des "Leaders".
 
C'est enfin l'occasion de découvrir pour la première fois Jacky Ickx, sur sa Ford GT40, qui sera élevé au rang de héros récurrent de la série dans les albums suivants...
 

L'impressionnant proto "Leader"
devant la Vaillante de Michel et la Ford GT40 de Ickx
[Le Fantôme des 24 heures, p.41]
 
Nous retrouverons des prototypes d'endurance dans "Série noire" en 1973.
L'écurie Vaillante y participe en effet au championnat du monde 3 Litres avec des protos tout à fait singuliers, très anguleux et très effilés.
 
L'opposition est constituée essentiellement d'Alfa-Roméo et de Porsche.
Nous vivons avec Michel les 1000 km de Brands-Hatch, suivis des 1000 km de Monza et enfin des 1000 km de Zeltweg en Autriche.
 
 
Retour des 24 heures pour une histoire dune dizaine de planches pour le hors-série "Spécial 20ème anniversaire" en 1977, intitulée "Sa plus belle victoire".
On y découvre les protos modernes avec la Porsche-Martini de Ickx-Mass ou la Renault-turbo de Didier Pironi.
Pour Jean Graton, un événement aussi important que la naissance du fils de Michel, ne pouvait qu'être lié à la plus grande des courses automobiles...
 

Les Porsche et Renault avec la Vaillante
[Sa plus belle victoire, p. 2]
 
En 1979, dans "La silhouette en colère", c'est à un championnat du Monde des GT que nous convie Jean Graton avec des protos Vaillante "Commando" opposés essentiellement aux Martini-Porsche dont celle de Ickx et à des BMW.
 
 
 Les années 80 et 90...
 
Par rapport aux protos de 1979, les Vaillante auront peu changées de look (seule la partie arrière sera revue) pour l'épreuve des 24 heures suivante en 1980 dans "Un pilote a disparu".
 
Retour aux grandes heures de la série avec la réapparition des protos "Leader" qui viendront s'ajouter aux Alpine-Renault V6 et autres Porsche.
 
Par ailleurs, on aperçoit nombre de protos dérivés de la série comme des Porsche 935 ou des BMW M1, Jean Graton suivant en cela l'évolution de la course réélle...
 
Que reste-t-il à montrer de cette course déjà relatée à six reprises par Jean Graton? Et bien les alentours du circuit et la région du Mans et vue du ciel, s'il vous plait!
 

Le proto "Leader" 1980 devant la Renault et la Vaillante
[Un pilote a disparu, p. 14]
 
Par la suite, eclipse totale de l'endurance durant une dizaine dannée avant un retour en 1992 dans un album "revival" consacré pour la huitième fois(!!) aux 24 heures : "Une histoire de fous".
 
Les adversaires ont bien changés puisque les Peugeot 905, les Mercedes C291 et autres Jaguar, Toyota ou Mazda ont remplacée les Porsche (pas pour longtemps dailleurs, voir les éditions 94 et suivantes...).
 
On reprend les ingrédients qui ont fait le succès des albums des décénnies précèdentes : les Leaders (pour une fois assez esthétiques) et de superbes protos Vaillantes (sans doute les plus beaux jamais déssinés, merci Guillaume LOPEZ...)
 
Cette fois-ci, on remontre la course dans son intégralité comme 20 ans plus tôt dans "Le Fantôme des 24 heures".
Le circuit et ses tribunes ont en effet bien changés avec notamment les fameuses chicanes dans la ligne droite des Hunaudières!
 
L'album tout entier est construit en référence aux aventures passées afin de satisfaire les nombreux lecteurs nostalgiques qui avaient vingt ans de moins lorsquils découvraient les monstrueuses Leader dans le journal Tintin lors du "Fantôme des 24 heures"...
 

Le proto "Leader" 1992 devant une Mercedes C291
[Une histoire de fous, p. 35]
 
Enfin retour des protos en 1997, dans l'album "La prisonnière"...
 
 
 
 
 

Illustrations © Graton Editeur - Jean Graton